Médiation : Oui, les séniors sont concernés !

La médiation et les Seniors, voilà un sujet rarement abordé. A mon grand étonnement, car c’est par ma pratique de Gestionnaire de cas que j’ai été amenée à me former à la médiation et à en faire mon métier. Les Seniors sont en effet souvent au cœur de situations conflictuelles, et trop souvent résignés à subir ce qui leur arrive. Pourtant, la médiation est une des solutions à leur portée !

 

Le risque des conflits quotidiens

Nous connaissons tous les démarchages abusifs, les arnaques par téléphone, les dépannages « immédiats » qui tournent au cauchemar. Les personnes âgées en sont particulièrement victimes car moins informées, moins connectées, plus isolées.

Les difficultés rencontrées par les Seniors dans leur lieu de vie, a été mise en lumière par l’actualité récente. Que ce soit en maison de retraite, en foyer-logement, ou au domicile, les personnes âgées restent souvent silencieuses lorsqu’elles sont « mal traitées », et cela pour une raison simple : celle de la dépendance qui est la leur vis-à-vis de ces intervenants. En effet, comment risquer un conflit avec la personne ou le service dont j’ai besoin chaque jour ? Que se passera-t-il s’ils « le prennent mal » et « me laissent tomber » ? 

La dépendance physique entraîne trop souvent un sentiment d’impuissance et une attitude de résignation. Généralement, les services sont attentifs aux réclamations qui leur parviennent. Mais le recours à la médiation peut s’avérer utile et efficace dans bien des situations. Depuis le 1er janvier 2016, les services d’aide à domicile comme les structures d’accueil sont d’ailleurs tenus de proposer à leurs bénéficiaires et résidents le recours possible à un médiateur de la consommation. Et il serait bon de leur faire savoir !

 

La surprise des conflits familiaux  

Mais l’essentiel, lorsque l’on avance en âge et en dépendance, est encore ailleurs. Le plus important en effet, ce sont les relations familiales, créées de longue date, entretenues soigneusement au long de la vie, et qui risquent pourtant de se détériorer lorsque les rôles se décomposent et se recomposent au fil de l’âge qui avance. 

Ainsi en a-t-il été récemment de Mme X, veuve et mère de deux fils. Bien sûr, ils ont pris des voies différentes. Ils sont d’ailleurs très différents. De ce fait, c’est toujours Yves, le cadet, qui s’est le plus occupé de sa mère : il habitait à proximité et avait « plus de temps » car « moins de responsabilités professionnelles ». Toujours est-il que Yves et son épouse ont toujours répondu présents pour les menus besoins de Mme X. Jusqu’au jour où Mme X. a eu besoin d’aides à domicile, de matériel médical, puis d’adaptation de son logement. Les relations entre les deux frères se sont tendues. Nicolas, le fils aîné, a souhaité gérer le budget de sa mère. Puis rapidement, il lui a trouvé une place en EHPAD « pour sa sécurité » ; et pour financer la maison de retraite, il a décidé la vente du bien immobilier de sa mère après lui avoir fait signer « des papiers » ; il lui a vaguement expliqué de quoi il s’agissait, mais sans lui fournir aucune copie. Mme X. n’a pas osé opposer de résistances. Et les relations familiales, plus ou moins stables durant des décennies, virent à l’incompréhension, au conflit, puis à une procédure judiciaire dont la famille sortira blessée, profondément divisée. Pour Mme X, c’est le drame absolu. Non seulement parce qu’elle subit les tensions, les reproches à demi-mots, mais parce qu’elle se sent responsable de cette situation.

 

La Médiation Familiale : un moyen privilégié pour prévenir et résoudre les conflits des Seniors

Et pourtant, cette évolution familiale n’était pas inéluctable. Les questions auraient pu être anticipées et traitées de différentes manières. Parmi celles-ci, la médiation occupe une place de choix. 

Se parler reste en effet la meilleure façon d’anticiper de possibles conflits familiaux. Si Mme X avait pu entendre, avant d’entrer dans la « dépendance » que Nicolas s’est toujours senti « moins aimé » que son frère cadet, elle aurait pu donner une parole de clarification, d’explication, peut-être ouvrir les voies de pardon et de réconciliation avec elle et entre les deux frères. 

Le processus de médiation offre un espace de parole confidentiel, sécurisé par la présence et le rôle du médiateur. Il permet à chacun de s’exprimer et d’être écouté avec attention et bienveillance. C’est à ces conditions que l’on peut risquer de dire ce qui fait mal, à soi et aux autres, les blessures que l’on a enfouies et dont on a parfois à peine conscience. Cela peut être difficile de dialoguer, et de dénouer peu à peu les fils de l’histoire familiale. Il y faut de la patience et de la détermination, mais le résultat n’a pas de prix. Lorsque je termine des médiations familiales difficiles, un climat de légèreté, de libération, de joie est souvent palpable. 

 

Vivre une médiation dans le cadre familial, c’est une manière privilégiée d’anticiper sereinement la vieillesse et la dépendance, de déterminer le rôle de chacun, d’exprimer ses souhaits personnels quant à son lieu et à son mode de vie, et bien sûr de traiter la question combien sensible de la gestion et la transmission de son patrimoine, quelle qu’en soit l’importance d’ailleurs. Mais l’intérêt de la médiation, c’est aussi de transmettre à ses descendants un sentiment d’appartenance et d’unité familiale. Un bien qui n’a pas de prix.

Marie Anne Kemp

Marie-Anne Kemp

Médiateure professionnelle, spécialisée dans le champ de la famille.



Aller au contenu principal